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Les Quais marchands de Rouen ou L’Avant-port de Rouen

Jean-Baptiste Camille Corot

(1796 - 1875) | Rouen, musée des Beaux-Arts (inv. D.1951.2.1)

Date : 1834 | Technique : Huile sur toile

Ce tableau a été exposé au Salon de 1834 (n° 372 ; « Une Marine »). Corot devait le donner vers la fin de sa vie à sa petite-nièce, Anne Charmois, future épouse Lemarinier, dont le Louvre conserve un portrait enfant de Corot.

Œuvre de jeunesse, l'œuvre trahit l'influence des artistes nordiques anciens comme Ruysdael ou Van de Velde, que Corot cite lui-même dans sa correspondance, ou Backhuysen. Il semble avoir également regardé ses devanciers immédiats français comme Garneray ou Leprince.

La toile est restée dans la famille Lemarinier jusqu'au 15 juin 1926, date à laquelle, en raison de la cessation d'une indivision, un ensemble de treize Corot, dont Les Quais marchands de Rouen, fut mis en vente à la galerie Georges Petit, l'une des grandes galeries d'art de Paris, installée au 8, rue de Sèze à Paris, qui organisait également des ventes aux enchères, concurremment à la galerie Charpentier ou à l'hôtel Drouot. À cette date, la galerie Georges Petit appartenait à Bernheim-Jeune et Etienne Bignou. Le tableau a été acquis 162 000 francs par J. Dubourg qui agissait pour le compte de Camille Hodebert, directeur de la galerie Barbazanges ; cette galerie, installée au 109 rue du Faubourg Saint-Honoré devait, justement en 1926, devenir la galerie Barbazanges-Hodebert puis Hodebert tout court, et enfin, en 1928, galerie Georges Bernheim (galerie homonyme mais distincte de la galerie Bernheim-Jeune).

Le tableau semble être passé en très peu de temps entre les mains de plusieurs marchands. Le catalogue d'une exposition qui s'est tenue en 1930 au Museum of Modern Art de New York indique qu'il appartenait à Georges Bernheim ; Il n'est cependant pas possible de savoir si le Corot est devenu propriété de G. Bernheim de façon spécifique ou si l'œuvre a suivi le sort de la galerie Hodebert. Il semble avoir été ensuite entre les mains de Jos Hessel, autre marchand dont la galerie était au 26, rue La Boétie. Une mention figurant au revers d'une photographie ancienne suggère qu'il a peut-être été à un moment ou à un autre propriété d'un certain M. Thomasson sans que l'on sache qui est cet homme ni à quel moment il aurait possédé la toile. Ce que l'on sait en revanche, c'est qu'elle appartient au marchand Etienne Bignou au début de 1939 puisqu'il en est le prêteur à une exposition qui s'est tenue au musée de Nantes.

Le 28 février 1941, Bignou, qui travailla beaucoup avec les Allemands, vend le tableau au Folkwang Museum d'Essen pour 450 000 francs. Mais le musée échangea l'œuvre avec le Kaiser-Wilhelm Museum de Krefeld contre un Sisley.

Sans doute au moment des bombardements alliés, les collections ont été mises à l'abri dans le château de Seebach en Thuringe, où le Corot a été découvert par les Alliés à la fin de la guerre puis transféré le 26 juin 1945 au Collecting Point de Wiesbaden avant d'être renvoyé en France le 8 juin 1946.

Retenu par la 4e Commission de choix du 21 décembre 1949 (sous le titre Vieux quai de Rouen) et attribué au Louvre, le tableau est mis en dépôt au musée de Rouen par arrêté du 17 février 1951.

 

Thierry Bajou

 

Bibliographie :

Cat. exp. Corot, 1796-1875, Paris, Galeries nationales du Grand-Palais, 28 février - 27 mai 1996 ; Ottawa, Musée des beaux-arts du Canada, 21 juin - 22 septembre 1996 ; New York, The Metropolitan Museum of Art, 22 octobre 1996 - 19 janvier 1997, p. 162-163, n° 46 (avec bibliogra