Le Musée des Beaux Arts

Histoire du musée

D'origine révolutionnaire, le musée des Beaux-Arts de Rouen a été créé par le décret Chaptal de 1801 mais les premiers récolements en vue de la constitution d'une collection publique remontent à 1790. Le musée trouve un premier abri dans l'église des Jésuites et accueille le public dès 1799, avant un transfert dans le nouvel Hôtel de Ville où il est inauguré en 1809 avec un catalogue de 244 peintures. L'enrichissement des collections est spectaculaire au cours du XIXe siècle. Le Démocrite de Velázquez entre avec la collection du peintre Gabriel Lemonnier, l'un des fondateurs du musée; Delacroix demande le dépôt à Rouen de son chef-d'œuvre, La Justice de Trajan en 1844 ; on recherche les œuvres des enfants du pays : Poussin, Géricault. Les achats et dons (Clouet, Van Dyck, Puget, Ingres, Moreau, Traversi…) comptent bientôt plus dans la collection que les saisies napoléoniennes envoyées en 1803 (Gérard David, Véronèse, Rubens).

La collection passe de 300 tableaux en 1823 à 600 « de premier mérite » en 1878, dans un musée désormais cité comme « le plus complet de France après celui de Paris ».

Le besoin d'un nouveau bâtiment est devenu impérieux. Le maire demande en 1873 à l'architecte Louis Sauvageot un projet qui aboutit en 1880 à l'ouverture d'une première aile, et en 1888 à celle de l'ensemble qui abrite encore aujourd'hui le musée et la bibliothèque. Cent ans plus tard, une rénovation complète s'engage. Achevée en 1994, elle restitue sous la houlette d'Andrée Putman la qualité architecturale d'un bâtiment malmené par le XXe siècle, tout en augmentant habilement sa superficie. Au cours de ce siècle la collection a changé d'échelle grâce à des donations exceptionnelles (les impressionnistes de François Depeaux en 1909, le fonds Jacques-Emile Blanche en 1921, l'incroyable donation Baderou de près de 400 tableaux et 5000 dessins en 1975, les Modigliani de la famille Alexandre en 1988-2001), mais aussi des achats très heureux : Caravage en 1955, Poussin en 1975.

Les collections

Le musée des Beaux-Arts abrite l'une des plus prestigieuses collections publiques de France qui réunit peintures, sculptures, dessins et objets d'art de toutes écoles, du XVe siècle à nos jours. Pérugin, Gérard David, Clouet et Véronèse constituent les premiers grands jalons d'un parcours qui se prolonge avec un ensemble exceptionnel de peintures du XVIIe siècle : il compte des chefs-d'œuvre de Rubens, Caravage, Velázquez, Vouet, La Hyre, Poussin, Le Sueur... Les salles consacrées à l'art du XVIIIe siècle confrontent des peintures de Fragonard, Boucher et Hubert Robert, des sculptures et des objets d'arts. Par la richesse du fonds, par l'ampleur des mouvements artistiques représentés, par la présence d'œuvres de référence des plus grands maîtres d'Ingres à Monet, le musée est un temple de la peinture du XIXe siècle : Géricault, Delacroix, Corot, Gustave Moreau, Degas ou Monet y sont représentés par certains de leurs chefs-d'œuvre, alors que la donation de François Depeaux (1909) a établi à Rouen la première collection impressionniste de France hors de Paris. Modigliani, Dufy et les frères Duchamp ouvrent les collections du XXe siècle, qui se développent essentiellement autour du groupe de Puteaux, puis de l'abstraction (Vieira da Silva, Dubuffet, Nemours). Avec des œuvres ambitieuses de Delvoye ou Varini, l'art du XXIe siècle est désormais entré au musée.

Régulièrement exposés, souvent prêtés à l'extérieur, les dessins du musée des Beaux-Arts contribuent depuis longtemps au rayonnement de l'institution. Jouant de la complémentarité avec le fonds conservé à la Bibliothèque municipale, le cabinet d'arts graphiques riche de quelque huit mille feuilles bénéficie d'une réputation internationale, largement redevable à l'exceptionnelle donation d'Henri et Suzanne Baderou en 1975 : avec plus de cinq mille dessins, ce sont des pièces majeures de Vouet, Tiepolo, Ingres ou Degas qui ont alors rejoint le musée. Plusieurs évènements ont permis de dévoiler au moins partiellement la richesse du fonds rouennais, notamment à l'étranger : mentionnons notamment l'exposition anthologique présentée à Washington, New York, Minneapolis et Malibu en 1980-1981 (French master drawings from the Rouen Museum : from Caron to Delacroix). Les dessins italiens ont fait l'objet d'une luxueuse publication (Grandi disegni italiani delle collezioni pubbliche di Rouen, 2003), réalisée à la demande de Silvana Editoriale.