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Démocrite

Diego Velázquez

(1599 - 1660) | 822.1.16

Date : Vers 1630 | Technique : Huile sur toile

 

Ce « portrait » imaginaire du philosophe grec Démocrite par Velázquez rappelle son portrait réel d'un bouffon de Philippe II d'Espagne, Pablo de Valladollid. De fait, la coiffure « en oreilles de chien », la main droite dans l’ombre, qui retient un chapeau, relèvent du portrait d’après le modèle. Mais la présence du globe terrestre sur lequel l’homme pointe le doigt, le rapport essentiel à cet attribut dans un espace réduit et le rire du personnage, désignent cette figure comme le philosophe cynique affichant son scepticisme sur le monde. Au début du XVIIe siècle il est souvent associé à Héraclite « le philosophe qui pleure », ce binôme invitant à méditer sur deux attitudes opposées face à la même médiocrité du monde. Ce thème du philosophe eut une vogue particulière au début du XVIIe siècle, en Espagne, Flandres, Italie, pour orner les cabinets de travail et les bibliothèques aristocratiques qui se flattaient d’humanisme. L’œuvre est difficile à dater, car transformée par l’artiste : le manteau richement ocré, qui reprend avec douceur un motif de la période sévillane, ainsi que le modelé pictural et fondu de la physionomie, situent l’oeuvre vers 1630. Mais la main gauche retournée vers le bas, au traitement très soigné, avait primitivement une position inverse : le tableau a été transformé par l’artiste, qui a représenté d’abord un joyeux buveur, comme le laissent penser deux copies anciennes où on le voit brandir un verre de vin. Velázquez aurait ensuite trouvé son personnage parfaitement adapté pour en faire un Démocrite, suivant la vogue des « portraits » de philosophes popularisés notamment par Jusepe de Ribera.

Ce tableau est, avec le Saint Thomas du musée d’Orléans, la seule œuvre de Velázquez conservée en France.